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UNE MICROSOCIÉTÉ : LES TENTES DE

july 2011

Publié dans Septentrion 2011/2. Voir www.onserfdeel.be ou www.onserfdeel.nl.

UNE MICROSOCIÉTÉ : LES TENTES DE DRÉ WAPENAAR

Un «campement d’extraterrestres» dans les bois, une colonie de champignons, un village de constructions en forme d’igloo et un monde qui évoque la NASA ou un film de science-fiction! Voilà les métaphores utilisées par quelqu’un qui découvre le village de tentes (2000) du plasticien néerlandais Dré Wapenaar (° 1961), lequel opère maintenant sous le nom Studio Dré Wapenaar.

Ces métaphores ne sont pas si farfelues. Le village de tentes se compose de structures en acier de di¤érentes hauteurs, toutes recouvertes de toile, et dont la forme n’est pas sans rappeler un chapeau de champignon. Chaque tente est spacieuse et confortable. Wapenaar, qui vit et travaille à Rotterdam, se situe à la confluence de l’art figuratif, de l’architecture et du design. Il réalise des sculptures o¤rant l’aspect d’abris temporaires. Elles apparaissent très diverses, ludiques, mais aussi modestes. C’est en 2000 qu’un camping demande à Wapenaar de réaliser la sculpture Tentendorp (Village de tentes). L’artiste décide de créer un groupe de tentes pouvant fonctionner comme une microsociété. Il en expose un prototype au camping de Garderen (en Gueldre) et quatre autres campings finissent par lui commander des villages de tentes. Wapenaar écrit à ce sujet: «La disposition des di¤érents modules évoque un «village». La distribution des espaces communs et privés, les hauteurs respectives et à partir du sol o¤rent de multiples possibilités. Il importe aussi de savoir quelle place attribuer au groupe des occupants. L’ensemble des tentes rappelle une microsociété. Le haut et le bas, l’extérieur et l’intérieur, les pleins et les vides, la qualité des matériaux utilisés, la construction, la mobilité interne et externe, la présence de la lumière, la façon dont elle joue avec les transparences de la toile ou glisse dessus..., toutes ces qualités ainsi que la conception, la fonction et le besoin, créent une dynamique de rencontre»1.

Wapenaar résume là les principes fondamentaux de son œuvre. Son village de tentes renvoie à la conception classique du campement: un ensemble d’abris permettant à la fois de se retirer dans l’intimité et de vivre en communauté. Visuellement, mais aussi sur le plan des idées, son œuvre rappelle l’utopie urbanistique Nieuw Babylon (Nouvelle Babylone) lancée
dans les années 1950 par le plasticien néerlandais Constant Nieuwenhuys (1920 -2005). Ce projet comprenait un fantastique dédale de bâtiments multiformes, de routes improbables et de niveaux ou terrasses les plus divers. Dans cette ville imaginaire, l’homme devait retrouver sa liberté, sa créativité sans frein et son comportement ludique pour en profiter pleinement. Homme et environnement formant un tout. En réalité, personne n’a jamais pu pénétrer dans cet univers de Constant. Nous ne le connaissons que par des maquettes et des tableaux. Wapenaar aussi peut être taxé d’idéalisme. À cette di¤érence près que ses univers sont accessibles dans la réalité. C’est là un élément essentiel de son œuvre.

FORMES CONCAVES ET CONVEXES

Wapenaar n’est pas un artiste explicite. Avec ingéniosité et subtilité, il fait pénétrer le spectateur à l’intérieur de ses univers. Certaines sculptures monumentales de ses débuts renvoient, par le langage organique de leurs formes (bois lamellé collé) et par leur nom, au baroque italien du XVIIe siècle. Des réalisations telles que Sant’Ivo alla Sapienza (1991, nom d’une célèbre église baroque à Rome, construite par l’architecte Francesco Borromini) et Borromini Beeld (Sculpture Borromini, 1990) présentent dans la forme une synthèse caractéristique du baroque entre systématisme et dynamisme, qui, dans l’architecture baroque, s’exprime par une chorégraphie subtile mais contraignante de formes convexes et concaves qui impose à l’homme un cadre très dynamique. Le jeu entre les convexités et les concavités se retrouve dans de nombreuses sculptures de tentes réalisées par Wapenaar à partir du milieu des années 1990. Comme en témoigne le Koaestand (Stand cafétéria, 1997). Trois parasols en dur de couleur café se rejoignent, portés par un ensemble tubulaire en acier tantôt convexe tantôt concave. Ces formes jouent tour à tour un rôle d’invitation ou d’exclusion à l’égard des visiteurs. Au centre de la sculpture, une petite table avec évier, reliée à un bidon d’eau bleu. Une bonbonne à gaz alimente une plaque de cuisson sur laquelle est posée une cafetière. Tous ces éléments font partie intégrante de la sculpture.
Le Koaestand comprend en fait trois modules: un pour une personne, un pour deux personnes et un pour quatre personnes. Ces personnes doivent circuler et se croiser, mais veulent être tranquilles et choisissent justement ce stand, parfaitement amovible, pour se mettre à l’écart. Mais en même temps, elles sont fortement interdépendantes.

Wapenaar met en scène dans cette sculpture un lieu d’imbrication des comportements individuels et collectifs de l’homme. Il explore les interactions des groupes ou des individus. Ses œuvres peuvent être considérées comme des mini-observatoires du comportement humain. Les sculptures sont en fait des réalisations sociales; des œuvres qui renferment en elles des ambitions sociales et dont les véritables matériaux sont les déplacements humains. La critique d’art Charlotte van Lingen écrit au sujet de Wapenaar: «Il n’y a en e¤et rien d’étonnant à ce que, dans l’évocation de son travail, il mentionne surtout la pratique, la manière dont les gens se déplacent autour de ses réalisations, tournent les uns autour des autres et se rencontrent. Il en parle comme s’il s’agissait d’une danse rituelle ayant pour thème le temps et l’espace». Van Lingen évoque ensuite les sculptures de tentes: «Elles occupent une zone qui marque la frontière entre la prise de l’espace et l’encadrement de l’espace».2

«TOUT REPLIEMENT SUR SOI IMPLIQUE UN DÉPLOIEMENT DE SOI»

La première sculpture de tente De bungalowtent (La Tente bungalow, 1994) ressemble au premier abord à une tente bungalow ordinaire. Mais à l’intérieur, il y a deux cabines. La première est pour vous, et quelqu’un d’autre peut venir occuper la seconde. Cette œuvre qui a la forme d’une tente familiale traditionnelle constitue à la fois un refuge et un lieu de rencontre. Elle répond à deux tendances bien humaines. Cette tente bungalow se transcende et devient sculpture, car le doigt est mis sur la condition humaine. Wapenaar envisage cette tente comme notre maison commune: un archétype de résidence pour l’homme. Selon le plasticien, la tente parle «un langage universel». L’abri qu’elle o¤re est une respiration au milieu de tous les bâtiments utilitaires qui nous entourent aujourd’hui.

Dans les espaces de Wapenaar, «tout repliement sur soi implique un déploiement de soi», comme l’écrit joliment Wilma Sütö dans un texte sur l’œuvre de l’artiste3. Le Krantenkiosk (Kiosque à journaux, 1997) en est un excellent exemple. Cette installation mobile, semblable à un satellite (structure d’acier, enveloppe de toile), incite ceux qui cherchent à se mettre à l’écart de la sphère publique à venir se réfugier dans un espace semi-privé pour y lire leur journal. Le Krantenkiosk comporte en son centre un banc circulaire d’où on peut lire, dos à dos, son journal préféré, exposé sur un présentoir. Le visiteur du kiosque se retire dans son propre monde, mais doit aussi, dans cet espace exigu, tenir compte de ses voisins. Dans cet environnement, les relations humaines et la zone de tension délicate, surtout aujourd’hui, entre public et privé sont mises sous la loupe. Wapenaar tient à ce que des journaux de tendances idéologiques et politiques di¤érentes soient placés les uns à côté des autres.
Le plasticien révèle là ses ambitions idéalistes et ses discrètes connotations politiques.

En 2009, Dré Wapenaar conçoit une grande volière mobile, le Palomare. Un grand cercle de toile supporté par des tubes d’acier croisés. À l’intérieur du cercle, des creux dans lesquels
di¤érentes espèces d’oiseaux peuvent trouver refuge. Le Palomare s’inspire du pigeonnier espagnol. Pour l’artiste, cependant, la volière doit accueillir des spécimens de diverses cultures. En 2009 également, il réalise le Module Soek, un ensemble de «tentes-boutiques», avec des couleurs de toile di¤érentes. Ces modules marchands bariolés et multiculturels peuvent s’installer dans toutes les villes.
L’œuvre de Wapenaar fournit aux humains un espace pour se rassembler de di¤érentes manières, comme en témoigne son Hang, zoen en rookplek (Lieu pour se poser, embrasser et fumer) réalisé en 2002 pour un établissement scolaire près de Venlo (dans le Limbourg néerlandais). Il s’agit là aussi d’un jeu de tubes métalliques convexes et concaves entre lesquels et autour desquels les élèves doivent se déplacer. Au-dessus, plusieurs coupoles en toile de di¤érentes couleurs leur o¤rent une protection. Le premier compartiment, ouvert, accueille un petit groupe de jeunes, l’autre un couple d’amoureux: convivialité et diversité.

SORTIR DE LA SPHÈRE PUBLIQUE

Wapenaar ne crée pas seulement un espace pour des rituels sociaux. Il s’intéresse aussi au rituel privé. Sa Douchetent (Tente de douche, 1997), qui a la forme d’un jet de douche vert, peut s’installer sur une plage et permet de se rafraîchir agréablement dans une tente intérieure transparente. Dodenbivak (Bivouac de mise en bière, 2002) et Baartent (Tente de mise au monde, 2003) constituent deux œuvres sur le fil du rasoir entre privé et public. Le Dodenbivak, aux formes droites et strictes, est destiné à accueillir avec une grande sobriété une dépouille mortelle. La Baartent se présente sous une forme ronde et chaleureuse. On accède à cette tente par un petit escalier, puis on redescend à l’intérieur dans un bassin
rond en bois avec de l’espace pour une nouvelle vie. Ces deux œuvres s’inscrivent dans une série faisant l’objet, comme l’écrit lui-même Dré Wapenaar, «d’une étude sur les rapports mutuels entre attirance et rejet, intimité et distance, respect et irrespect»4.

Il ne serait pas faux de dire que cet artiste crée des lieux fonctionnels dédiés à l’humain et non à l’utilitaire. Deux réalisations en témoignent. Dans une reconstruction (en bois) à l’échelle 1 sur 1 intitulée Vlot van de Medusa (Radeau de la Méduse, 2010-2011), Wapenaar tente de visualiser la façon dont un groupe humain multiculturel, abandonné à lui-même et sentant sa fin venir, trouve un consensus pour continuer. Dans son Paviljoen van de leegte (Pavillon du vide, 2005), de grands draps bleus pendent autour d’une structure en bois étagée mais sobre. La sculpture existe en di¤érentes tailles et s’installe dehors ou dedans. Le pavillon représente la dynamique des échanges entre l’extérieur et l’intérieur. Les draps flottent au vent, et c’est pratiquement tout. Le centre de l’œuvre est matérialisé par un grand trou. L’examen de ce vide béant fait ressentir l’infini du temps et de l’espace.

David Stroband
Critique d’art. davidstroband1@versatel.nl Traduit du néerlandais par Jean-Philippe Riby.
www.drewapenaar.nl

Notes :
1 Bivak / Dré Wapenaar, Waanders, Zwolle, 2009, p. 41. 2 Bivak / Dré Wapenaar, Waanders, Zwolle, 2009. CHARLOTTE VAN LINGEN à la p. 7. 3 Site Internet Canvas-, Steel- and Woodprojects / Dré Wapenaar, articles: Een tent voor alle vogels
(Une tente pour tous les oiseaux). WILMA SÜTÖ à la p. 3. 4 Bivak / Dré Wapenaar, Waanders, Zwolle, 2009, p. 61.

Site: StudioGloriusVandeVen
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